Vous connaissez bien entendu !
La Pie.
L’un des chefs d’œuvre de Monet, l’une de ses plus belles peintures, pour l’un des plus beaux tableaux au monde, celui qui devrait figurer dans le salon de mon musée imaginaire.
Le tableau est d’une grande simplicité : un paysage de campagne enneigée par un soleil qui disparaît en fin de journée.
Notre regard est tout d’abord attiré par le premier plan, un champ de neige fraiche au blanc éclatant.
Puis, derrière, une haie couverte de neige projette son ombre dans une palette de gris qui mange doucement le manteau neigeux au fur et à mesure que le soleil se couche …
Derrière, cachée par des arbres, on aperçoit une ferme.
L’horizon est bas (d’ailleurs la haie se confond avec la ligne d’horizon qui passe au milieu du tableau… ) et le ciel gris, même si l’on devine encore l’éclat du soleil.
Une palette de couleurs on ne peut plus simple : des blancs, des gris et des marrons.
Le jeu des ombres conduit notre regard vers une petite tâche noire, le seul être vivant dans la composition, une pie !
Elle est perchée en haut d’une barrière fermée.
Notre pie se réchauffe aux derniers rayons de soleil. On l’entend qui jacasse avec ses congénères, dans un « chack chack » qui vient perturber la paix de la scène.
Ce sont les cris des oiseaux qui réveillent d’ailleurs le marcheur de sa torpeur… la scène est un moment de paix dans l’âme du promeneur en forêt …
Puis soudain, un deuxième regard, et notre promeneur s’aperçoit que le sympathique volatile s’est envolé.
Elle est passée où notre pie ?
Et c’est cette absence qui nous révèle tout le génie de Monet.
Avec juste la disparition du petit animal, la scène change totalement.
On ne ressent plus que le froid de la neige.
Le promeneur en forêt se rend compte qu’aucune fumée ne se dégage de la ferme. On dirait qu’elle est fermée, abandonnée au froid de l’hiver.
Aucun bruit ne vient désormais déranger les pensées du promeneur.
Partout règne le silence que seul le grincement de ses bottes sur la neige vient perturber.
De paisible, la scène devient froide, presque angoissante…
Le promeneur se tourne et se retourne sur lui-même. Aucun bruit, aucun signe de vie, rien ! Juste le soleil déclinant sur la neige froide.
Il se sent seul dans le froid.
Il sait maintenant qu’il doit accélérer la cadence, marcher plus vite, encore plus vite pour atteindre son village avant la nuit
Quelque part dans la forêt, la meute de loups se réveille doucement, se prépare lentement pour partir à la chasse … et bientôt, quand le noir profond aura remplacé le soleil, quand la lune blafarde se cachera derrière les nuages gris remplis de neige, la meute sera prête pour passer à l’attaque.
Il ne lui restera qu’une chose à faire … courir, courir, courir à en perdre l’haleine et arriver à bon port avant que la nuit ne tombe !
Ami lecteur, la prochaine fois que tu te promèneras parmi les chefs d’œuvre du Musée d’Orsay, arrête toi un moment auprès de « La Pie ».
Amuse toi, comme moi, à faire disparaître notre petit et sympathique oiseau, et tu mesureras alors tout le génie de Monet (et accessoirement l’excellence de Photoshop…) dans la création d’une merveilleuse poésie dans cette fin de journée d’hiver…




Tu vas avoir des ennuis avec le musée d'Orsay si tu t'amuses à voler la pie de son plus beau tableau. Bon, on ne dira pas que c'est toi, mais ce serait une bonne chose de la remettre rapidement à sa place ;-)
Rédigé par: laTartine | 19 mai 2008 à 21:55
très fort....
Rédigé par: Annick | 20 mai 2008 à 00:47
Qu'en pense le peintre ? ;)
En tout cas, un petit jeu très amusant.
Rédigé par: lusina | 20 mai 2008 à 08:40
hum pour moi la pie peut bien aller se mettre au chaud, ou ce qu'elle veut, tant qu'il reste la maison
Rédigé par: brigetoun | 20 mai 2008 à 16:11
Et ce qui est extraordinaire, c'est que la lumière est semblable à celle de nombreux "Meissonnier" et la providence seule sait à quel point ils étaient opposés!
Rédigé par: Benjamin | 21 mai 2008 à 16:48
De bien jolies histoires et quel plaisir en les lisant!
Merci.
Rédigé par: Lou | 21 mai 2008 à 19:02
Je suis preneuse aussi de tes histoires. Quel conteur !!! Désormais, je regarderai les tableaux différemment, en essayant d'occulter telle ou telle chose.
Merci de nous ouvrir les yeux Guess.
Bizzzzz
Rédigé par: marie turpault | 22 mai 2008 à 19:04
Tout en prenant du retard
Je viens de découvrir
Amusant ton jeu
Tu as fait la pie s'envoler
Sans doute a-t-elle eû peur
Tout en écoutant tes pas
Mais alors quelque chose
De bizarre
Trés bizarre, je dirais
Car son ombre ne s'est pas envolé avec elle!
Rédigé par: Cristina M | 23 mai 2008 à 15:06
quel conteur! si un jour je vais au Musee d'Orsay je penserai à toi...
Rédigé par: Chrisalain | 24 mai 2008 à 12:04
Magnifique récit et explication!
Rédigé par: julie70 | 24 mai 2008 à 19:15
Grâce à votre sacrilège retouche, je comprends enfin ce qui m'a toujours un peu gêné dans ce tableau : la pie. (Je ne vous conseille pas de procéder de même avec La Naissance du monde : que restera-t-il sans l'oiseau ?)
Rédigé par: arion | 27 mai 2008 à 22:01
J'aime aussi beaucoup ce tableau pour sa belle lumière et ses douces ombres. Un travail d'orfèvre pour recréer cette atmosphère de neige sous le soleil. Quant à l'oiseau, il est indispensable.
A cette allure tu vas concurrencer le formidable Palettes dont je me suis procuré la série complète en DVD. Ca vaut vraiment le coup. Bon week-end à toi.
Rédigé par: Ossiane | 31 mai 2008 à 12:41
Cet habile Monnet avait sans doute pensé que la biodiversité serait malmenée et que quelqu'un de notre siècle qui enlèverait la pie montrerait par là la tristesse du monde sans vivants autre que l'homme, du moins le temps qu'il disparaisse peu à peu.
Rédigé par: Jean-Pierre | 06 juin 2008 à 18:43
l'oiseau est parti... pourtant son ombre ne s'est pas envolée avec lui, prémice d'un retour prochain, d'un espoir incertain.
Rédigé par: furikawari | 26 novembre 2008 à 11:10